Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager Mohammed ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :
Ces imams non arabophones qui, en raison de leurs difficultés de prononciation liées à leur langue d’origine, remplacent certaines lettres par d’autres, par exemple en prononçant le tâ’ comme un dâd dans le mot « as-sirât » de la Fâtiha, relèvent du cas de ceux qui commettent des erreurs dans la récitation de cette sourate. Les savants divergent à ce sujet : ces erreurs invalident-elles systématiquement la prière, ne l’invalident-elles que lorsqu’elles sont manifestes, ou ne l’invalident-elles dans aucun cas ?
On lit dans Al-Mughnî :
« Celui qui omet une lettre de la Fâtiha parce qu’il est incapable de la prononcer, ou la remplace par une autre — comme la personne affectée d’un défaut de prononciation qui substitue un ghayn au râ’, ou celle qui fusionne une lettre avec une autre —, ou qui commet une erreur modifiant le sens, par exemple en prononçant une kasra sur le kâf de “iyyâka” ou une damma sur le tâ’ de “an‘amta”, sans pouvoir se corriger, est assimilé à celui qui ne sait pas réciter correctement la Fâtiha. Une personne qui la récite correctement ne peut donc valablement prier derrière lui. » Fin de citation.
Al-Kharashî écrit dans son Commentaire de l’Abrégé de Khalîl :
« [Texte de Khalîl :] “Et [la prière est-elle invalidée lorsqu’on prie derrière] une personne qui commet des erreurs de récitation, de manière générale, ou seulement dans la Fâtiha ?”
[Commentaire :] Autrement dit, la prière de celui qui suit un imam commettant des erreurs de récitation est-elle invalidée dans tous les cas, que l’erreur porte sur la Fâtiha ou sur un autre passage, qu’elle modifie le sens — comme une kasra sur le kâf de “iyyâka” ou une ḍamma sur le tâ’ de “an‘amta” — ou non, et qu’un autre imam soit disponible ou non, dès lors que le fidèle n’est pas dans la même situation que l’imam ? Ou bien n’est-elle invalidée que si l’erreur concerne la Fâtiha ? Il existe deux avis. L’auteur n’a pas mentionné l’avis selon lequel la prière est valide dans tous les cas, alors qu’il est plus solide que les deux avis qu’il a cités.
Cette divergence concerne celui qui n’a pas pu apprendre à réciter correctement, faute de temps ou de personne pour le lui enseigner, bien qu’il soit apte à apprendre, et derrière lequel prie une personne qui ne présente pas les mêmes difficultés, faute d’un autre imam. » Fin de citation.
Cependant, s’ils sont incapables d’apprendre à prononcer correctement, notamment en raison de difficultés liées à leur langue d’origine, leur cas est assimilable à celui d’une personne présentant une incapacité de prononciation : il est alors permis de prier derrière eux.
Al-Kharashî dit :
« S’il commet ces erreurs par incapacité, c’est-à-dire sans être en mesure de les corriger par l’apprentissage, sa prière et celle des fidèles qui le suivent sont également valides, sans divergence, car il est assimilé à une personne présentant une incapacité de prononciation. » Fin de citation.
‘Illaysh écrit dans Minah al-Jalîl, commentaire de l’Abrégé de Khalîl :
« Il est permis à une personne exempte de défaut de prononciation de prier derrière un imam qui en présente un, c’est-à-dire qui est incapable d’articuler certaines lettres à leur point d’articulation, en raison de sa langue d’origine ou pour une autre raison. Cela vaut qu’il ne puisse absolument pas prononcer la lettre ou qu’il la prononce de manière altérée, par exemple en remplaçant le lâm par un thâ’ ou un tâ’, ou le râ’ par un lâm. » Fin de citation.
Puisque vous avez mémorisé le Coran et disposez d’une ijâza — une autorisation attestant votre maîtrise de sa récitation —, vous pouvez aborder la question avec les responsables de la mosquée, d’une manière qui ne suscite pas de conflit. Ils pourront soit vous confier la direction de la prière, soit apprendre auprès de vous.
Quant à votre prière derrière eux, elle est valide selon certains savants, particulièrement lorsque leurs difficultés de prononciation constituent une incapacité liée à leur langue d’origine. Vous n’êtes donc pas tenu de refaire les prières passées.
Ibn Rushd écrit dans Al-Bayân wa-l-Tahsîl :
« Concernant les non-arabophones qui ne distinguent pas le tâ’ du dâd, le sîn du sâd, ou d’autres lettres semblables, il n’existe aucune divergence sur le fait que celui qui a prié derrière eux n’a pas à refaire sa prière. Il demeure toutefois réprouvé de les suivre, sauf lorsqu’on ne trouve personne d’autre dont on puisse agréer la direction de la prière. » Fin de citation.
Vous pouvez donc prier dans cette mosquée proche, en vous fondant sur l’avis qui reconnaît la validité de la prière derrière ces imams, conformément à la position malikite. Toutefois, si vous pouvez vous rendre dans l’autre mosquée afin de tenir compte de l’avis selon lequel la prière derrière eux est invalide, faites-le.
Si vous manquez la prière en groupe, vous pouvez l’accomplir chez vous, en groupe, avec votre famille ou les personnes qui vivent avec vous.
Et Allah sait mieux.