La teinture en noir : preuves de l'interdiction et sagesse de la proscription

30-4-2026 | IslamWeb

Question:

Je souhaiterais m'informer sur le statut juridique de la coloration des cheveux en "noir charbon" dans un but expérimental, afin d'en vérifier la compatibilité avec les traits du visage. J'ai été confrontée à des avis divergents dans mon entourage évoquant une interdiction catégorique, ce qui m'a poussée à rechercher les preuves scripturaires.
Mes interrogations se résument ainsi :
1. Le hadith stipule : « Changez cela [la blancheur] par quelque chose, et évitez le noir ». Le contexte concerne ici une personne à la chevelure déjà blanche (le changement du grisonnement). Cette interdiction s'applique-t-elle à une jeune femme n'ayant aucun cheveu blanc ?
2. Quelle est la raison juridique (‘illa) de la spécificité du noir par rapport à d'autres couleurs sombres comme le brun très foncé ?
3. Pourquoi existe-t-il une divergence entre les juristes (entre l'interdiction et la réprobation) si l'interdiction est catégorique ?
4. Si la teinture n'est pas permanente (spray temporaire s'éliminant au lavage) et vise uniquement un essai esthétique ou une photographie, sans intention de changement durable, relève-t-elle du même statut ?
5. Comment répondre à l'argument liant l'interdiction à la fraude (tadlis — ex: tromper un prétendant), alors que dans mon cas, il n'y a ni fraude ni imitation des non-musulmans ?

Réponse:

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :


Le statut de la teinture en noir relève des questions faisant l'objet d'un effort d'interprétation conjectural et non d'une sentence catégorique. L'avis de la majorité des savants est qu'elle est réprouvée et non interdite, tandis que l'école Shafi'ite penche vers l'interdiction, et c'est cet avis que nous adoptons dans nos fatwas.


Les preuves de l'interdiction :
Le récit rapporté par Muslim selon Jabir : On amena Abu Quhafa le jour de la conquête de La Mecque, sa tête était blanche comme la plante thaghâma. Le Prophète () dit alors : « Changez cela, et évitez le noir ».
Le hadith d'Ibn Abbâs : « Il y aura à la fin des temps un peuple qui se teindra en noir comme le jabot des pigeons ; ils ne sentiront pas l'odeur du Paradis » (Rapporté par Ahmad, Abû Dâwûd et An-Nasa'i ; chaîne de transmission jugée bonne par Ibn Muflih).


La teneur de ces textes est générale. Ils ne sont restreints ni par le changement du grisonnement (excluant l'embellissement), ni par le caractère permanent ou lavable de la teinture, ni par l'intention de fraude.


La sagesse de l'interdiction (hikma) : L'explication la plus célèbre chez les savants est qu'elle contient une part de dissimulation (tadlis) et de confusion. D'autres motifs ont été avancés :
Ibn Rushd le Grand précise que cela peut induire en erreur sur l'âge réel (illusion de jeunesse persistante).
Al-Qortobi mentionne la dimension de fraude envers les femmes, ou la réprobation liée à l'analogie avec les visages noircis des gens de l'Enfer.
Cheikh Ibn Uthaymin explique que cela s'oppose à la sagesse de la création : changer le blanc en noir revient à vouloir contrer le processus naturel du vieillissement voulu par Allah.


Distinction entre Raison (‘illa) et Sagesse (hikma) : Même si l'on suppose l'absence de fraude dans votre cas (essai temporaire), l'interdiction subsiste. En droit musulman :
La Raison Juridique (‘illa) : C'est le critère objectif et constant auquel le jugement est lié. Ici, c'est l'acte même de teindre en noir.
La Sagesse (hikma) : C'est le bénéfice recherché ou le préjudice évité (comme empêcher la fraude).
Le jugement suit la Raison et non la Sagesse. Par conséquent, dès lors que l'acte (teindre en noir) est présent, le statut juridique s'applique, que la sagesse sous-jacente (la fraude) soit apparente ou non.


Et Allah sait mieux.

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