Islam Web

  1. Fatwa
  2. Daâwa (Appel à l’Islam) et ses moyens
  3. Ordonner le bien et condamner le blâmable
Recherche Fatwas

Garder le silence sur les erreurs financières d’un comptable pour éviter les conflits

Question

Je suis médecin dans un hôpital privé et la comptable commet régulièrement des erreurs de calcul (en plus ou en moins). Le fait de lui faire des remarques a suscité son irritation contre moi, bien que je le fasse avec délicatesse ; elle n’apprécie guère que l'on vérifie son travail. Commets-je un péché si je m’abstiens de vérifier ses comptes — tout en sachant pertinemment qu’elle va commettre des erreurs — dans le but d’éviter les tensions entre nous, sachant que ses erreurs ne sont pas négligeables et atteignent parfois 500 dollars ?

Réponse

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :


Si la fonction de la praticienne se limite à l’activité médicale et qu’elle n’a pas été mandatée par son employeur pour auditer la comptabilité, mais qu’elle a fortuitement constaté l’erreur, il lui incombe d’avertir la comptable et de la conseiller avec bienveillance.
Si cette dernière persiste dans son erreur et que seule la doctoresse en a connaissance, il lui devient alors personnellement obligatoire de l’alerter et de lui enjoindre de ne pas trahir le dépôt et la responsabilité confiés (al-amânah), en application de la parole du Prophète () :
« Quiconque parmi vous constate un fait blâmable, qu’il le modifie de sa main ; s’il ne le peut pas, par sa langue ; et s’il ne le peut pas, par son cœur, et c’est là le degré le plus faible de la foi. » (Rapporté par Muslim).
Et de sa parole () :
« La religion, c’est le bon conseil (an-nasîhah). » Nous dîmes : « Envers qui ? » Il répondit : « Envers Allah, Son Livre, Son Messager, les dirigeants des musulmans et l’ensemble de la communauté. » (Rapporté par Muslim).


L’imam An-Nawawî commente dans son explication du Sahîh Muslim :
« Ensuite, l’injonction au bien et la réprobation du blâmable relèvent de l’obligation collective (fard kifâyah) : si certains s’en acquittent, la charge s’éteint pour le reste de la communauté ; si tous s’en abstiennent, toute personne en mesure de l’accomplir commet un péché, sauf excuse ou crainte légitime. Cette obligation peut toutefois devenir une obligation individuelle (fard 'ayn), notamment lorsque nul autre que l’intéressé n’a connaissance du fait blâmable ou n’est capable de le faire cesser, à l’instar de celui qui surprend son conjoint, son enfant ou son préposé en train de commettre un acte répréhensible ou de négliger un devoir.
Les savants — qu'Allah soit satisfait d'eux — ont souligné que le devoir d'ordonner le bien et de réprouver le blâmable ne tombe pas du fait que l'intéressé présume que son intervention sera sans effet ; il lui est au contraire obligatoire d'agir, car le rappel profite aux croyants, et comme nous l'avons exposé précédemment, le fidèle n'est tenu que de transmettre l'injonction et l'interdiction, et non d'en garantir l'acceptation. » Fin de citation.


Le propos doit être tenu avec douceur et bienveillance, car cela favorise grandement l’acceptation du conseil. Cheikh al-Islam (Ibn Taymiyya) a en effet déclaré :
« Il sied à quiconque ordonne le bien et réprouve le blâmable d’être clairvoyant et instruit avant d’intervenir, doux et bienveillant au moment de l’injonction — afin d’emprunter la voie la plus prompte pour parvenir à ses fins —, et empreint de mansuétude après l’acte, car il est le plus souvent inévitable qu’il subisse un désagrément, conformément à la parole du Très-Haut : {Ordonne le convenable, interdis le blâmable et endure ce qui t’atteint avec patience ; cela relève certes des résolutions les plus fermes}. » Fin de citation.


Toutefois, si elle redoute la survenance d’un préjudice légalement recevable (darar mu'tabar), elle ne commet aucun péché en gardant le silence. Il est rapporté dans Al-Âdâb ash-Shar'iyyah d'Ibn Muflih :
« Ibn 'Aqîl a également énoncé : "L'une de ses conditions de validité est d'être à l'abri pour sa propre personne et ses biens contre le péril de destruction", et telle est la position de la majorité des savants — qu'Allah soit satisfait d'eux. » Fin de citation.
(Se référer, pour le seuil du préjudice légalement recevable justifiant l’abandon de la réprobation du blâmable, à la fatwa n° : 315991 ).


En revanche, si la requérante a été expressément chargée par la direction de vérifier le travail de la comptable, elle a l’obligation d’accomplir la tâche qui lui a été dévolue. Cela constitue un engagement contractuel et un dépôt de confiance dont la violation ou la négligence est strictement illicite.


Et Allah sait mieux.

Fatwas en relation

Recherche Fatwas

Vous pouvez rechercher une fatwa à travers de nombreux choix

Fatwa - QR Code

Fatwa

Le plus lu aujourd’hui